Bookseer
Une lecture
Pour qui boit dans la même tasse depuis cinq ans
Sur le bureau, une tasse blanche au logo de l'entreprise, distribuée le premier jour avec le badge et le mot de passe provisoire. Le logo a pâli au lave-vaisselle de l'étage. Il y a une ébréchure sur le bord, du côté où l'on ne boit pas, et un cerne de thé au fond que plus aucune éponge n'enlève. Elle a connu trois chefs, deux déménagements d'open space et le départ de presque tous ceux qui la reconnaîtraient. Les amis, entre-temps, ont changé de ville, ou de nom sur la boîte aux lettres. La tasse est toujours là, à gauche du clavier, et elle n'a rien d'une punition, ce qui rend la chose plus difficile à dire.
Mes amis
Emmanuel Bove · 1924
Victor Bâton a laissé une main à la guerre, vit de sa petite pension dans une chambre meublée et passe ses journées à chercher quelqu'un. Chaque rencontre commence en promesse et finit en malentendu. Il y a M. Lacaze, un industriel riche qui fait la charité et lui laisse espérer du travail. Il n'arrive presque rien à Bâton, et Bove raconte ce presque avec une exactitude si drôle et si triste que le lecteur finit par voir sa propre attente du dehors.
Le Livre de l'intranquillité
Fernando Pessoa · 1982
Bernardo Soares est aide-comptable dans un entrepôt de tissus de la rua dos Douradores, à Lisbonne, et il regarde la même rue depuis la même fenêtre, année après année. Son patron s'appelle Vasques, et Soares finit par l'aimer, lui et le bureau, comme on aime ce qui vous a tenu debout sans rien vous promettre. Rien ne change dans ces pages, et c'est là qu'il trouve assez de ciel pour tout un livre, un fragment à la fois. Vous pouvez le lire à la pause, près de la tasse, sans rien décider.
Un homme qui dort
Georges Perec · 1967
Pour le jour où la tasse vous fera peur : un étudiant qui cesse de vouloir, écrit à la deuxième personne, et qui finit place Clichy à attendre que la pluie cesse.
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