Bookseer
Une lecture
Pour celle qui berce dans le noir et ne se reconnaît plus
Trois heures dix, debout dans le couloir, la main sous une nuque qui ne tient pas encore toute seule. Vous faites huit pas jusqu'à la porte de la cuisine, huit pas pour revenir, et vous ne vous arrêtez pas, parce qu'à l'arrêt il rouvre les yeux. Le lave-linge a fini son cycle il y a une heure. Sur le plan de travail, un verre d'eau que vous avez rempli hier soir et jamais bu.
Un heureux événement
Éliette Abécassis · 2005
Le titre est celui que l'on emploie devant les gens, et le livre passe deux cents pages à raconter ce que ce titre recouvre. Abécassis écrit la maternité comme une opération subie : le corps qui cesse d'être un domicile privé, l'amour et la rage logés dans le même quart d'heure, un couple qui se défait à bas bruit pendant que tout le monde autour se félicite. Rien n'est racheté à la dernière page. C'est un livre que l'on prête rarement à une jeune mère, parce qu'il dit tout haut ce qu'elle croit être seule à penser, et c'est exactement pour cela qu'il faut le lire à trois heures du matin plutôt qu'à trente ans de distance.
La Vie matérielle
Marguerite Duras · 1987
Ce sont des textes courts, dictés puis relus, sur la maison, les provisions, l'ordre des placards, l'alcool, les heures d'une femme chez elle. Duras s'arrête longuement sur l'intendance et refuse d'y voir une petite affaire : la maison tient parce que quelqu'un pense en permanence à ce qu'il y manque, et ce travail-là n'a ni horaire ni nom. Elle ne s'attendrit ni ne se plaint. Le livre avance par fragments, sans thèse, et il se lit à la longueur exacte d'une tétée, ce qui n'est pas un détail cette année-ci.
Un lieu à soi
Virginia Woolf · 1929
« de l'argent et un lieu à elle » : ce qui vous manque porte un nom depuis 1929, et ce n'est pas du sommeil.
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